• LE BERGER DE LA LUNE


    Le berger de la lune était mon ami,

    Les rivages de la nuit

    Portaient l’écume de mes rêves à ses pieds.

    De son bâton de lumière

    Il exauçait mes désirs

    Et chassait mes peurs.

     

    Le berger de la lune était mon ami,

    Que lui est-il arrivé ?

    Par quel cauchemar a-t-il été terrassé ?

    Ou peut-être s’est-il tout simplement endormi,

    Emporté au large de mes nuits.

     

    Le berger de la lune était mon ami.

    Qu’il était bon de se sentir,

    Ainsi réfugié au creux de la lumière

    De l’obscurité.

    Comment pourrai-je t’oublier

    Quand je sais que tu n’as jamais cessé d’exister.

     

    Toi, berger de la lune

    Toi, qui était mon ami,

    Toi qui nous a quitté,

    Crois-tu que j’ai assez grandi

    Pour ne plus apprécier tes rivages dorés.

    Je suis né dans la nuit,

    Elle me couvre de ses ailes sombres,

    Je n’ai pas peur du noir.

     

     

    J’ai peur d’être seul,

    Seul à protéger les anges,

    Seul au point de voir mon vocabulaire s’effacer,

    Seul au point de réinventer les mots,

    Seul au point de me taire pour ne pas rester seul,

    Seul au point de prêter mes pensées à l’écho des murs,

    Seul au point d’entendre mes pensées.

     

    Berger de la lune tu étais mon ami,

    Mais qui te protège toi, si ce n’est toi -même ?

    Et dans l’océan si sombre de mes nuits,

    J’ai tant besoin de mes yeux,

    Je boirai la mer pour qu’ils ne s’y noient,

    Et qu’enfin je te vois.



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  • LE BERGER DE LA TERRE



    Le berger de la lune

    Une nuit m'a souri.

    Sur l'écume de mes rêves

    Il s'est penché,

    Et dans les sillons dorés

    Bercés de son bâton

    Doucement il a tracé

    Le chemin de vie de son frère.

     

    Le berger de la lune, mon ami,

    Lui aussi avait du souci.

    Il était né près de lui,

    Il était son jumeau,

    Il avait peur du noir

    Et ne voyait pas la lumière,

    Il se réfugia au coeur de sa mère

    Et devint le berger de la terre.

     

    Au sein des volcans

    Il se forgea un bâton de feu

    Avec lequel il attisait

    Les démons des hommes.

    Les envies, la haine, la jalousie...

    Devinrent les étoiles de ses ténèbres,

    Lueurs de braises et de douleurs

    Qui réchauffaient son coeur.

     

    Et lui, Berger de la lune,

    Mon ami, son frère,

    Eut beau lui tendre la main

    Et lui offrir de son coeur

    Tout l’amour, rien n'y pu faire.

    Les mets de la table de la noirceur

    Aux chatoyantes couleurs

    Avaient aveuglé son âme, envoûté ses peurs

    Et sonner le glas du réconfort.

     

    Toi berger de la lune,

    Toi qui était mon ami,

    Pourquoi as-tu terni de ton histoire

    Le reflet de mes espoirs?

    Et ta peine, miroir de mes désespoirs

    Ressemble fort à la mienne.

    O petite soeur !

    De quoi avais-tu si peur?

     

    Une larme glissa le long du bâton lumineux.

    Elle vint se fondre à la frange de mes cils,

    Et ce filet de soie,

    Depuis, toujours coule en moi.

    Toi, notre mère, qui a nourri

    Les braises de la terre,

    Tu as planté dans mon coeur

    Une épée de misère,

    Une croix de non fer.

     

    Mais si j’ai perdu ma soeur,

    Et toi ma mère,

    Je n’ai pas perdu mon ami,

    Le berger de la lune,

    Il reviendra nuancer et iriser

    D’un arc-en-ciel de nacre

    L’horizon diaphane de mes pensées

    Et diluera l’ombre de mes peines.



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  • LE BERGER DE MERCURE


    Une nuit, sous la voûte céleste

    Constellant les sables du désert

    D’une blancheur scintillante,

    Le Berger de la Lune

    Souleva, de son bâton lumineux,

    Le coin de la dune où je reposais.

    Une perle d’ambre tomba

    Du coin de ma paupière

    Et roula sur l’erg chaud.

     

    De ses longs doigts soyeux,

    Il la recueillit et d’un souffle

    La destina au soleil.

    Le Berger de la Lune

    Me dit, le regard fixé

    Sur cette nouvelle comète :

    « Mon amie, je vais te révéler

    L’histoire de cette étrangeté,

    Le Berger de Mercure.

    Il est né de sa mère et de mon père

    Qui en faisaient ainsi mon demi-frère.

     

    Cet enfant fragile et fugace,

    Toujours en mouvement,

    Echappait à toute autorité.

    Sa mère eut si peur de perdre

    Ce Prince volatile,

    Qu’elle l’enserra dans les mailles

    Du filet d’or et d’argent

    De son amour absolu. »

     

    Le Berger de la Lune, mon ami,

    Baissa les yeux,

    Le doux murmure de ses pensées

    Poudra d’or la surface mouvante

    De mon nocturne océan

    Et tourmenta d’un trait d’argent

    L’écume de mon rêve.

    « De cette prison, le jeune Dauphin

    Fit son élément.

    Il fondit l’or et l’argent

    Qu’il façonna en un bâton

    Aux reflets fluctuants

    De jaune et de blanc. »

     

    O Berger de la Lune,

    En cette nuit tu m’as dit

    Que ce petit avait si froid

    Au sein de sa mère

    Qu’il sourdit de cette source aveugle,

    Et ne stoppa cette folle chevauchée

    Qu’en Mercure la discrète,

    Si proche de ce père

    Qu’il ne pouvait atteindre.

     

    Il se fit Berger de Mercure,

    Et de ce socle furtif

    Il observait le parcours

    Des âmes perdues,

    Espérant reconnaître celle

    Qui poserait le pied sur  l’arc-en-ciel

    De sa solitude, et, chercherait

    Avec lui le trésor de sa vie.



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  •  

    LE BERGER DE NEPTUNE


    Une nuit, où l'ouragan de mes tourments

    Désunissait l'indigo secret de mes rêves

    Des remous lactés de leur écume,

    Le Berger de la Lune, mon ami,

    D'une pluie de perles de nacre

    Anéantit cette obscure

    Et mortelle étreinte.

     

    Le Berger de la Lune,

    De son souffle chaud inonda

    Tout mon être d'une mélodie

    De douceur, d'un chant de sirènes.

    Il caressa ma joue de sa paume

    Satinée, et me confia:

    "Veux-tu savoir d'où je tiens

    Une telle magie?"

     

    Devant la candeur émerveillée

    Et curieuse de mon coeur

    Plein de reconnaissance

    Il s'inclina, et de son bâton lumineux

    Poudra d'or l'effervescence

    De mon sommeil, couvrant ses pieds

    D'une brume diaphane et ambrée,

    Dans un doux murmure il me conta

    L'histoire du Berger de Neptune.

     

    « Ce trésor, me dit-il, me vient

    D’un  lointain Géant, un ami,

    Qui me rendit la vie de sa présence

    Prodigue et limpide, lymphe

    De tes rêves les plus secrets.

    Il est né de la douleur

    Sur un grand oiseau bleu,

    Et depuis ces limbes azurés

    Il entreprit un long voyage. 

     

    De nombreuses nymphes s’unirent

    A son interminable odyssée

    Et dans son souvenir

    Elles étaient autant de lunes

    Apaisant de leur reflet d’albâtre

    La dure morsure des ténèbres

    Accablant le combat de son cœur. »

    Le Berger de la Lune inspira

    Les gouttelettes de brume, et reprit :

     

    « A la recherche de l’amour,

    Il côtoya indigence, folie,

    Infortune,  détresse, et bien

    D’autres malheurs de ce monde.

    Son regard effaré, noyé d’amertume,

    Voyait toutes les larmes de la terre

    Se déverser dans la fontaine de l’oubli

    Et rejoindre ainsi le torrent des insoumis. »

     

    O Berger de la lune, mon ami,

    Les fils de soie de sa vérité

    Tissent en moi une voile de révolte,

    Que ton souffle entraîne

    Au-delà des rivages de ma nuit.

    De son bâton  de lumière

    Il frôla ma colère, la fit taire,

    Et son récit poursuivit :

     

    « Mon ami, ce Prince Bleu,

    Décida de faire son univers

    Des pleurs de la misère.

    Il stoppa son périple en Neptune

    La plus éloignée, invisible

    Et passionnée, où il accueillit

    Les sanglots de l’abnégation

    Les fondant en un océan d’amour

    Dont il devint le Maître des Abysses,

    Le Berger de Neptune.

     

    De l’eau, du vent et de la  nacre

    Il se fit un bâton et partit

    En quête de sa vérité.

    Il s’enfonça dans la plus grande obscurité,

    Et y découvrit des trésors insoupçonnés,

    Les couleurs de la lumière,

    Arc-en-ciel de pureté,

    Du pourpre de la passion,

    De l’or de l’innocence

    Aux blancs rivages de l’humilité,

    Ces  prodiges il a voulu partager…

     

    Moi, Berger de la Lune, ton ami,

    Moi, gardien de tes rêves,

    Par lui, j’ai reçu ce don,

    Sous forme de perles,

    Symboles des larmes

    De l’enfance martyrisée,

    Afin de protéger ce qui paraît

    Un songe aux incrédules.

     

    Le Berger de Neptune,

    Aux portes de la galaxie,

    Maître des marines abîmes,

    Portera la magie de sa lumière

    De ces lointains horizons

    Jusqu’à la lisière dorée

    Des esprits éclairés…



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    LE DERNIER DES BERGERS


    Le dernier des Bergers

    Etait un homme fatigué.

    Assis sur un rocher

    Il se mit à pleurer.

    L'ultime agneau était né.

    Le troupeau décimé

    Qu'il n'avait pas su mener

    A la source sacrée,

    Jonchait la plaine ocrée.

    Et le petit n'avait de cesse de bêler.

    Le Berger le savait condamné.

    Le turban bleu de ses pensées

    Se déroulait à ses pieds

    Berçant le nouveau né

    De la plus douce mélopée,

    Echo de l'amour désenchanté.

    Le ciel aux reflets cuivrés

    Couvrait la mort disséminée

    D'un linceul mordoré.

     

    Le dernier des Bergers

    Etait un homme fatigué

    Sur le sable il s’est couché,

    Sous le ciel étoilé,

    Dans le bleu de sa vérité

    Il s’en est allé,

    D’un agneau accompagné.

    Son ombre désincarnée

    Brossa de blanc la voie lactée…



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