• Eric le Déchu

    Il était une fois; dans une contrée très, très, très lointaine, et encore plus que ça même, si loin qu'elle se rapproche de la nôtre au point qu'on puisse l'atteindre en rêve; un lourdaud vil, méchant et une drôlesse vicieuse et mécréante, tous deux du pire qu'il soit, Roi et Reine en leur domaine, laids à faire peur, Maîtres du Royaume de la Déchets Ance* ...

    Après bien des essais infructueux, à fort niquer au lit jour et nuit, ces deux là finirent par mettre au jour un enfant, digne récompense de leurs efforts à assurer la descendance du Royaume ...

    C'est ainsi que vit le jour et la nuit, un fils beau, grand et fort, qu'ils nommèrent Eric*. La nature l'avait doté de toutes les qualités, enfin presque, car pour leur plus grand malheur, l'enfant ne savait pas quoi en faire...

    Perdu qu'il était dans ce monde malfamé, après plusieurs années, adolescent, il zonait sans cesse dans les pires bas-fonds du Royaume en quête de ce qui le rendrait digne aux yeux de ses parents...

    Il buvait, se droguait,...mais n'arrivait jamais à être à la hauteur, jamais soule, jamais défoncé, quand il volait il se faisait toujours prendre, et quand il allait aux putes, il tombait toujours amoureux ...

    Sa grandeur d'âme n'avait d'égale que la sienne. En bref il était né unique dans un royaume inique où la bassesse régnait dans l'ignorance et le refus total de quelque état qui soit autre que le sien où la loi du plus ignoble était la meilleure ...

    Ce fils unique étant leur seul descendant, la crainte envahit ses deux mals veillants de parents. Leurs jours étaient comptés, un coup d'état ne manquerait pas si la relève n'était pas assurée ... 

    Eric était si naïf qu'il s'avoua lui-même coupable de bonté afin d'obtenir les plus grands piercings honorifiques du Royaume dans le simple but de satisfaire ses parents ... C'est ainsi qu'un soir il rentra au château les mains et les pieds cloués sur d'immondes planches putréfiées de vis, le coeur percé d'une indicible joie, une couronne d'épines incrustée dans la boîte crânienne... 

    Ses parents, désespérés, firent appel aux pires fées et sorcières du Royaume dans l'espoir de remettre à l'endroit ce rejeton dégénéré...

    La Fée Maton voulut le mater, mais elle y perdit son bâton au fond du canapé...

    La Fée Néant voulut l'endormir, mais elle se perdit elle-même dans le sommeil...

    La Fée Medoc voulut le soigner, mais elle ne réussit qu'à l'empoisonner, elle fût chassée...

    La Fée Eric faillit bien réussir, mais elle perdait tout contrôle quand il regardait ses pieds et mains troués ...

    La Sorcière Canne à Bis y mit toute son huile, tant et si bien, qu'elle glissa de son balai et partit en fumée dans le brasier d'un mauvais joint ...

    Devant tous ces échecs, le Roi et la Reine s'écharpèrent, se disputèrent, et finirent par rappeler les mauvais Mages qui assistèrent la naissance de leur sotte géniture...

    Le Mage Hors d'Homme imputa la faute à la femme, la Reine Mère. Il l'accusa de tous les maux de ce monde, de tous les défauts du fils, lui intima les pires châtiments, mais après tout ça ne sut trouver de solution ...

    Le Mage Hélant, quant à lui, se mit à héler à tout va, plusieurs Fois, une seule Foi, juste une Foi, quelques Fois, tout est une histoire de Foie, ma Foi, il suffit d'une Fois Messire ... Avez-vous assez bu? Ou n'avez-vous pas assez bu de Fois mon Roi? Il ne sut que servir du vin au Foie de son Maître ...

    Le Mage Hic arriva sur ces entrées faites, il se mit à très sauter sur les tables, et de sa Bague Etre surgirent dix mal-être et dix com-en-demande, qui ajoutés à ceux déjà existants ne firent qu'empirer la situation...

    Ne restait plus que le Mage Istral, celui-ci ne fit pas dans la dentelle, d'un coup de Bâton Ancistral il affubla Eric d'un costume rouge de honte et blanc de souffrance, lui arracha la stupide couronne d'épines avec la moitié de son cerveau, et combla les trous d'images sublimes inhales du Royaume Déchets Ance...

    De l'enfant pur il ne restât qu'un vieillard tyrannisant les nains, fouettant les rennes et terrorisant les enfants par un ignoble chantage de récompense pour bonnes actions, dans l'incapacité qu'il est de se faire comprendre autrement ...

    Ainsi va l'homme se gratifiant du plus bel esprit qui soit, celui de l'espoir, qu'il donne à l'enfant à travers la flamme d'une allumette, qui ne l'empêchera pas cependant de mourir seul dans le froid...

     

    *Eric :

    https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ric

    Éric est un prénom masculin scandinave, dérivé du vieux norrois Eiríkr (ou Eríkr). Le premier morphème, « ei- », issu du norrois antique « *ainaz » signifie « un » ou « seul », ou encore du norrois « *aiwa(z) », signifiant « éternel » (cf. proto-germanique « *aiwigaz ») Le second morphème « -ríkr » dérive de « *rík(a)z  », qui signifie « roi » (cf. Rex, Rix ; cf. proto-germanique « *riks » - roi « *rikijaz » - puissant, riche). Au total, le prénom signifie « chef unique », « chef éternel » ou « chef très puissant », etc.

     

    *Ance:

    https://fr.wiktionary.org/wiki/-ance

    Suffixe[modifier | modifier le wikicode]

    -ance \Prononciation ?\

    1. Indique le résultat d’une action ou un domaine d’action (suit principalement un verbe, mais aussi un nom, un adjectif…)

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  • Au plus profond de l'obscurité, sous l'escalier, elle sentait l'étoile de sa naissance. Par moment elle en distinguait un éclat dans la mémoire d'ébène. L'araignée tissait sa toile de poussière sous les grains de béton. Elle était son amie, l'écoutait avec attention. La résonance de ses cauchemars faisait vibrer les fins fils de soi au point de les briser. Et patiente l'araignée recommençait toujours à tisser la souffrance de l'enfant.
    Aux creux des jours et des nuits loin de l'escalier, elle s'accrochait au cerf-volant, celui en forme de losange, avec sa longue traîne ondulante.
    Elle était née chétive, anémique...Depuis la nuit du ventre, elle tentait de se protéger de la lumière qui l'avait arrachée à sa sombre et tiède quiétude. Tous les recoins obscurs étaient devenus l'assaut de son refuge.
    Elle cherchait l'ombre dans la lumière et ne connaissait pas le repos, ni le sommeil. Ils la découvraient toujours, aucune cachette ne leur résistait. Et alors commençait le gavage de substances qu'elle rejetait comme elle pouvait. La bouillie organique et psychique dont on empoisonnait son corps infiltrait sa raison. Elle décida de se méfier de cette raison infectée. L'oeuf de la souffrance était fécondé, de ses petits bras malingres, elle tentait de n’en point briser la coquille, s’imaginant celle-ci comme un rempart, autant que le seul endroit accueillant qu’elle connaissait.
    Les voyages dans la coque roulante puante, en dehors de la rendre malade, lui avaient permis toutefois de découvrir dans la nuit les étoiles de son coeur. Au bord de l'horizon, sous la grande casserole, un petit nid d'étoiles retenait son oeil. Elle aimait les étoiles, toutes les étoiles, mais celles-là avaient un goût particulier, celui de la connaissance, du vécu. Elle les cherchait en plein jour et ne les retrouvait que dans le cerf-volant.
    Le papillon bleu volait vers la lumière de la terre et se posait sur les fleurs de sang...
    Ce papillon bleu qu’elle ne parvenait jamais à attraper. Parce qu’elle ne le voulait pas vraiment. Elle avait trop peur de briser ses ailes poudreuses. Son seul désir était de contempler cette liberté bleue, trace de sa mémoire et gardienne du secret de la chrysalide.
    Quand elle était sous l’escalier, le noir l’enveloppait de son cocon rassurant, l’isolant de la blessante lumière. Elle devenait alors chrysalide de son tourment, s’efforçant sans relâche d’en contrôler l’ultime métamorphose. Depuis le début elle avait cette certitude de ne pas faire partie de ce monde. Rien ne lui correspondait, comme si elle avait été adoptée par une espèce différente qui tentait vainement de la convaincre qu’elle était des leurs. Mais rien ne fonctionnait. Sa vie était une succession de cauchemars. Elle était une erreur.
    Elle écartait les cailloux pour lire la terre, embrassait le livre de l'arbre, respirait le ciel, ils répondaient à toutes ses questions, tout était simple. Alors que, dès qu’elle était en contact avec EUX, tout allait de travers et devenait fort compliqué. Elle faisait de son mieux pour les comprendre et être comprise, mais quand elle trouvait les mots pour s’exprimer, elle réalisait toujours qu’ils ne seraient pas interprétés à bon escient, car LEUR réalité ne correspondait pas à la sienne.

    Elle était née ici, pourquoi ? Et comment était-ce arrivé ? Les réponses venaient doucement, trop lentement à son goût. Une présence inexplicable l’accompagnait depuis sa naissance, cette force présente en toutes circonstances faisait qu’elle tenait encore, envers et contre tous les obstacles qui la torturaient et usaient sa volonté. Même la mort ne voulait pas d’elle. Il fallait qu’elle comprenne …


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  • Je suis bise art...Telle une figure mythologique défigurée, désincarnation matérielle attirante et repoussante. L'ouverture de mon antre béante exhale l'amour du non-être...De tous mes bras de souffrance je tente de contenir les effluves qui s'épandent et s'agrippent à tous les temps avec une obstination poisseuse. Tant de tentacules s'affairent à l'élaboration d'une porte aux seins d'un mur pantois de sa propre laitance chimérique. Tant d'efforts à freiner le flux du retour ...

    L'effroyable annihilation fait son chemin, ne se retirant que pour revenir aussitôt avec plus de force encore s'imprégner des stigmates du substantiel ouvrage. Chaque cellule de mon corps ressent sa fin. L'appétit du retour est si puissant qu'il fissure la volonté... Le désir gagne, envahit la volonté acharnée à défendre les frontières de sa conscience.
    Il n'est plus qu'un chaos de chair secouée, laminée, vaincue. Le champs et la matière se fondent en un seul être suintant d'effluves et de miasmes mêlant le parfum à la puanteur du viol.

    Le contrôle n'est plus, il s'abandonne en aspiration à la submersion de son univers. Sous les spasmes de violence les particules explosent l’écho de leur mémoire. Mes mouvements ne sont plus que réponses à son ardeur. Au-delà de la chair dont le moindre tissu, le moindre interstice est conquis, la béance elle-même emplie de son fluide bouillonnant sourde en exhalaisons de jouissance coupable... Chaque retour de la chose est pire que le précédent…


    L’horreur est passée… Je suis seule… Non… Pas seule… Il a laissé une trace indélébile… Un poison délétère… Sur la trame de ma vie il s’est infiltré sournoisement… Dans l’insondable dérive de mes sentiments, les larmes de sang couvrent mon horizon… Le regard de mes illusions n’est plus que linceul de passion… Je ne suis plus qu’une bête affamée… O combien d’âmes s’affairent à me nourrir de leur amour, qu’elles déversent à profusion dans la béance moite de l’abyssal néant, héritage funeste d’un combat inégal…L’anéantissement de mes propres sentiments, je ne suis plus capable de ressentir mon propre désir et ne vit plus que le désir de l’autre, des autres... Comment ne pas sombrer dans la folie de ce tourbillon infernal ?

    J’entrevois désormais le plan machiavélique du monstre, une magistrale façon de s’approprier ma fidélité…


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  • Sur un bout de la terre, une femme "parfaite" considérait sa vie et ses échecs ... Elle se demandait: mais où sont les hommes, les vrais? Serait-il possible qu'il n'y en ait plus ? ...

    Sur un autre bout de la terre, un homme "parfait" était en proie au même questionnement: mais où sont les femmes, les vraies ?...

    Et puis un jour, le hasard faisant bien les choses, avec l'aide des réseaux sociaux, évide amant, ils firent connaissance, virtuels amants ... Ils s'entendaient très bien, sur presque tout, et quand ils étaient en désaccord, s'enrichissaient mutuellement sans que cela porte ombrage à leur relation ... Si bien qu'ils finirent par penser: enfin! j'ai trouvé la perle rare ...

    Ils se rencontrèrent à plusieurs reprises, tout était parfait, c'était le paradis, puis ils retournaient chacun aux devoirs de leur monde ...

    C'était épuisant, ils n'en pouvaient plus de séparation, leur désir était intense, mais leur doute plus fort encore ...

    Ils décidèrent simultanément de poser à l'autre la question fatale:

    "Tu m'aimes, alors quand viendras-tu vivre avec moi?"

    Comme aucun des deux ne voulut céder, attendant chacun la preuve de l'amour de l'autre, ils finirent par se séparer, la mort dans l'âme, la vie ailleurs ... abandonnant leur coeur ...


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  • Un petit bonhomme noir, à quatre pattes sur un chemin blanc, parcourait inlassablement l'ombre du temps. Sa maman qui l'aimait tant, tricotait tout le temps avec deux aiguilles en argent, une longue, très longue, et une courte, très courte. La petite travaillait beaucoup plus lentement que la grande. Et tout ce qu'elle lui confectionnait s'en trouvait affecté. Ses chandails avaient une des deux manches plus courte, les pantalons une jambe plus longue, aucune de ses chaussettes n'avaient la même taille, et même ses écharpes avaient un bout plus court que l'autre.

    Mais il ne lui en voulait pas, et portait tout ce qu'elle lui faisait avec la plus grande fierté. Bien que ça lui causât d'énormes difficultés tant pour se mouvoir, que pour se servir de ses mains.

    Sur son chemin les cailloux le regardaient passer et repasser. Piqué par la curiosité, l'un d'eux l'interpella:

    - Pourquoi marches-tu ainsi sans t'arrêter?

    - Et bien pour user mes vêtements afin de vivre plus librement...

    - Mais à quoi cela te sert-il puisque ta chère maman les remplacera de nouveau?

    - Elle fait ce qu'elle a à faire et je fais de même, mais je sais qu'un jour je serai libre.

    - Et comment peux-tu en être si sur?

    - Parce que les aiguilles de maman sont très usées, et aussi que le fil se fait très rare ...


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