• Le monde perdu

    L'ange de la cité perdue

     

    Au quatre coins de l'univers, dans chaque galaxie, résonne encore l'échos d'une légende. L'histoire d'un peuple mort vivant ... Jeune ange que j'étais, on m'a soumis une épreuve, je devais retrouver ce peuple et découvrir les raisons de cet état les écartant de toute évolution. ...

    J'ai survolé leur cité grandiose toute de lumière vêtue, qu'un rien pouvait dénuder.

    La planète entière n'était plus qu'une titanesque agglomération, hérissée de constructions et striée de voies à grande circulation.

    Cette cité majestueuse au passé fabuleux n'avait plus rien de grandiose si ce n'était le spectacle nocturne qu'elle offrait encore, toute vêtue de lumières, qu'un rien pouvait dénuder...

    Sous les rayons du soleil, ne pouvant plus dissimuler leur misère, les spectres de béton tentaient de déchirer des nuées de brouillard encrassé . Leurs ombres de poussière grise retombaient comme un linceul sur la ville, enveloppant les artères grouillantes d'un voile nauséabond.

    Certaines avenues étaient si immenses qu'il fallait une navette pour les traverser. Elles étaient sans cesse encombrées de milliers de véhicules métalliques plus bruyants les uns que les autres. Grondants et pétaradants, hurlants et grinçants, tel une marée de ferraille dont les vagues déferlaient de toutes parts, s'entrechoquaient et repartaient en tous sens.

    Ces fleuves d'effervescence exubérante étaient le seul espace de circulation à disposition des habitants. Sur les trottoirs se pressait une foule grisâtre d'individus au teint blême, au regard vide et à l'allure tellement similaire qu'on eut pu les prendre pour des clones. Leur démarche rapide d'automates bien rodés excluait toute flânerie. Ils avalaient le silence de leur vie et le recrachait en fumée.

    Je cherchais alors quelques couleurs, quelques sons, qui eussent pu éloigner de moi la tristesse environnante et le froid glacial qu'elle insufflait à tout mon être. Mon regard se porta vers ces milliers d'ouvertures criblant les blocs de béton gigantesques, ce que ces êtres étranges appelaient fenêtres. La plupart étaient sombres, et de celles qui ne l'étaient pas émanaient de timides lueurs. Elles semblaient ne pas vouloir déranger la moiteur oppressante et grasse qui enveloppait les parois de leur décors. Le parcours de mon regard s'étirait longuement, sur les traces nonchalantes du gluant brouillard ...

    Baissant les yeux sous le poids d'un abattement oppressant, je me réfugiai dans ma propre lumière. Mais l'ombre capturée par mes prunelles envahissait mes pensées, reléguant la clarté au pâle reflet d'un souvenir brumeux, déstabilisant, porteur de doutes. Je comprenais les affres de ce monde et ils étaient en voie de s'emparer de moi. La fibre initiale de mon être se raccrocha soudain a l'appel d'une couleur que mes yeux avaient ignorée, un point rouge se détachait de cet amalgame sombre. D'où venait-il? Il était certain que cette vision persistante ne pouvait être le fruit de mon imagination. Celle-ci était bien trop occupée à remonter le temps à la recherche des éléments provocateurs de l'obscure destinée de ce peuple. 

    J'explorais mes pensées à la recherche d'un repère. J'étais comme un amateur d'art devant la toile d'un grand maître, je prenais du recul pour mieux apprécier les couleurs et les formes sur le mur de la réflexion que peignait mon esprit. 

    Le voyage était long, mais la tâche était simple. 

    Tel un égaré dans le désert s'accrochant à un mirage, je focalisais toute mon attention et tous mes sens sur ce détail. Lentement la mémoire remonta le temps, et c'est au sommet d'un building que je découvris le miracle.

    A cet endroit j'avais bien remarqué un bras de lumière vaciller entre les arêtes sombres, caresser les cimes de ses longs doigts opalescents, offrir un spectacle d'ombres et chatoiement dansants, comme pour déjouer la rigidité statique de ces géants arrogants.

    Elle était là, au plus près de la voûte céleste, tendant fièrement sa couronne de pétales rouges au souffle clair de l'univers. Incroyable! Il fallait que je vois de plus près ce prodige. Une fleur! Cette population en avait oublié l'existence, elle n'était plus pour eux que vestige antique.

    D'ailleurs cette planète ressemblait plus à un fossile qu'à un astre porteur de vie. Je m'élançai vers ce lieu, guidé de mes seuls sens, il représentait la seule porte de ma survie. Je sentais les miasmes maléfiques de ce monde s'agripper à  mon âme et je compris alors le piège de cette quête. 

    Ce n'est pas dans ce qui a causé les erreurs qu'on trouve le bon sens, mais dans ce qui a été ignoré...

    Dans la mémoire calcinée de la matière, les aveugles puisent la lumière...

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