• C’est l’histoire de Julien, un petit garçon très menteur. Il faisait beaucoup de mauvaises farces, et, s’attirait ainsi bien des punitions et la colère de son entourage.

    Las de ces mauvais traitements, il  décide un jour de faire le pire des tours à ses parents :

    Ce soir, après l’école, il ne rentrera pas à la maison. Il veut s’amuser, rire librement, sans tous ces trouble-fête qui ne le trouvent jamais drôle. Après tout, il trouvera bien d’autres personnes moins ennuyeuses.

    A l’école, pendant la récréation, il va subtiliser un costume de clown, oublié dans un placard. Il l’avait remarqué en début d ‘année, à l’occasion d’une plaisanterie de mauvais goût faite à la femme de ménage.

    Il attend patiemment l’heure de la sortie, et, court, sans plus tarder, se mettre à l’abri d’un buisson, dans le parc voisin, pour y cacher son cartable et endosser le costume. Il n’a pas oublié sa peinture, avec ça, il sera méconnaissable. Perruque, costume, maquillage et nez rouge, tout est parfait il va bien s’amuser.

    Il se met en route; parcourt le parc, où, il rencontre quelques garnements qui se joignent à lui. Ensemble, ils effraient des personnes âgées, substituent des laisses de chiens, se faufilant sous les bancs ils arrivent à nouer entre eux les lacets de personnes différentes, et, le pauvre gardien à qui ils ont dévissé la selle du vélo ; et, bien d’autres farces encore: au jardinier, au marchand de glaces, et, j’en passe. Ah! Ils s’amusent bien! Mais, le temps passe, et, ses amis, l’un après l’autre, rentrent chez eux.

    Seul, c’est déjà moins drôle, de plus, le parc se vide, les victimes se font plus rares. Au bout d’un moment, il en a assez, et le costume commence à le gêner. Il retourne à son buisson, tente de se débarrasser de l’habit, mais celui-ci refuse de le quitter: le nez reste collé, la perruque s’agrippe à ses cheveux, même la peinture ne fait plus qu’une avec sa peau. 

    Il s’affole, court partout, réclame de l’aide, mais, personne ne le croit ; et, pire encore, certains, reconnaissant le clown dont ils furent le souffre-douleur, le poursuivent afin de lui administrer une correction. Tant bien que mal, il leur échappe, et se retrouve bientôt dans son quartier. Là, près de sa maison, il voit un attroupement : les voisins entourent ses parents, sa mère en pleurs, son père dans tous ses états.

    Ils se rapproche et crie :

    “ — Papa! Maman! C’est moi! Julien! Je suis rentré à la maison! Aidez- moi! Aidez-moi, je n’arrive à retirer ce costume! ”

    Mais sa voix a changé, ses yeux ne sont plus bleus mais bruns, sa taille aussi,   

    il ne fait plus huit ans mais douze. Personne ne le reconnaît. 

    Son père furieux lui hurle :

     “ — Qui es-tu, toi ? Ce n’est pas le moment de jouer au clown ! Mon fils a  disparu ! Tu dois être un de ces mauvais garnements qu’il compte  parmi ses amis! Arrête de mentir et disparaît d’ici avant d’avoir des ennuis, la police ne va plus tarder maintenant! ”

    Désemparé et terrifié, Julien s’enfuit. Comment va-t-il se sortir de ce pétrin? De loin, il observe ses parents s’affoler, crier, l’appeler, et les voisins  courir dans tous les sens. La police arrive, on organise les recherches. Jamais Julien n’a vu ses parents dans cet état. Son père, d’habitude si froid qu’aucune émotion ne semblait atteindre, son père, lui-même, pleure. Il réalise alors, combien ils l’aiment, et, s’en veut d’être la cause de tant de souffrances. 

    La nuit tombée, recroquevillé dans un costume de plus en plus étouffant, Julien a peur, il a faim, les larmes salées coulent sur ses joues, sans grignoter une seule parcelle de la peinture qui couvre son visage. Contrit il s’agenouille dans l’herbe, et, implore pardon. Il jure de ne plus mentir, de ne plus faire de mauvaises blagues, de ne plus causer tant de malheur. 

    C’est alors, qu’une petite voix cristalline s’élève du gros bouton noir de sa veste:

    “ —  Hé! Ben! Ce n’est pas trop tôt! Tu en as mis du temps! ”

    Interloqué et apeuré, Julien murmure:

    “ — Mais qui es-tu? Où es-tu? Qui me parle?

    — C’est moi! Je suis l’esprit du costume que tu salis de tes méfaits! Je suis là! Là, dans ton bouton, sacripant!

    — Mais que veux-tu? Toi aussi tu es prisonnier de ce costume? Je peux t’aider si tu le souhaites!

    — Ha! Mais quel impertinent! C’est moi qui suis en mesure de   t’aider!…Du moins, seulement si tu es sincère! C’est moi qui t’ai mis dans cette situation, jeune effronté. Tu sais, j’ai été témoins de beaucoup de tes mauvais tours à l’école ; j’ai essayé de m’intéresser à d’autres petits malins comme toi, mais aucun n’a surpassé ton zèle ; j’ai donc décidé de te punir. Ah! Quelle idée merveilleuse tu as eu de voler ce costume! Il y a bien longtemps qu’il n’avait pas servi. Tu sais, tu as été vraiment trop loin. 

    — Je sais, je sais, gémit Julien en reniflant, mais je voulais juste rigoler… un peu.

    — Au détriment de combien de personnes? Hein! Et les mensonges, c’était pour rigoler aussi? 

    — Ben… Des fois oui, des fois non, ça m’amusait de voir les autres se faire punir à ma place.

    — Hé! Bien! C’est du joli! Tu as bien mérité ma punition, après tout, il te va bien ce costume! Il reflète tout à fait ta personnalité!

    — Non! Non! S’il vous plaît, Madame la fée, j’ai compris… Heu! J’ai compris que j’ai fait beaucoup de mal. Je vous en prie sortez-moi de là!

    — A une seule condition! Tu me promets que jamais plus tu ne mentiras ni ne feras de mauvaises farces à quiconque!

    — Je promets! Je promets! Tu as ma parole!

    — Bien! Alors bon vent! Et que l’on ne t’y reprenne plus! ”

    Le bouton relâche sa prise, la perruque et le nez glissent à terre, et, la peinture mêlée aux larmes de honte et de bonheur s’écoule lentement sur le visage décomposé d’un petit Julien métamorphosé. 

    Il rentre enfin chez lui, heureux, il ne mentira plus jamais, ni ne fera de méchantes blagues. Il accepte sans sourciller la dernière punition que lui vaut le récit de son incroyable aventure, malgré que ce soit, pour une fois, la vérité.


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  • Une fleur de tournesol vivait heureuse au bord d’un champ. Elle passait son temps à se tourner vers le soleil. Quelle merveilleuse lumière, quelle bonne chaleur! Les papillons aux chatoyantes couleurs, les abeilles délicates et veloutées, tous ces insectes qui venaient la butiner la ravissaient.

    Ah! Que la vie est belle!

    Soudain, ses rêveries sont brutalement interrompues. En une seconde elle est arrachée à ce paradis : quelqu’un, qui passait par-là, coupe sa tige et l’emporte loin, si loin. Elle perd de vue les papillons, les abeilles, le champ de tournesol… Adieu les vertes collines, adieu le vent, la pluie. Adieu le soleil!…

    Puis, elle se retrouve, en un instant, plongée dans l’obscurité d’un vétuste appartement de banlieue. Là, elle dépérit à vue d’œil, ce qui l’entoure n’est pas joyeux. Des couleurs sombres, tristes, et puis elle a le pied dans l’eau, elle déteste ça. Qui donc peut survivre dans un endroit pareil?

    Un vacarme assourdissant a remplacé le gazouillis des oiseaux ; des odeurs nauséabondes le doux parfum des fleurs. Et la lumière, peut-on nommer lumière cette faible clarté indigne d’être comparée au roi soleil?

    Résignée, elle s’endort en attendant la fin, lorsque le vase dans lequel son pied trempe se met à bouger. On la transporte dans une pièce, au fond de laquelle repose un petit garçon, sur un lit bien trop grand pour lui. C’est alors qu’une voix douce s’adresse à l’enfant et lui dit:

    “ — Regarde chéri! Je t’ai ramené un rayon de soleil à la maison! ”

    Un petit rire étouffé salua cette phrase pleine d’espoir.

    La fleur se redresse, fière, on venait de l’appeler “ Rayon de Soleil ”! Elle portait donc en elle la lumière de cet astre qu’elle aimait tant!

    Elle se met alors à resplendir de tout son cœur, le magnifique jaune orangé de ses pétales illuminent la pièce et, elle apporte ainsi, longtemps, le bonheur que l’on attendait d’elle.

    L’enfant se rétablit et recueille ses graines. Il en plante quelques-unes dans des pots sur sa fenêtre ; et sème les autres dans les terrains vagues qui bordent la cité.

    Elles se ressemèrent ici et là, et, de graines en graines, parvinrent au champ de tournesol, ce paradis si cher à leur maman!


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  • Un jour, un petit crayon, fut las d’écrire des mots et des histoires pour une main qui le dirigeait sans jamais lui être reconnaissante de sa bonne mine et de son courage. Il s’exerçait la nuit, et traçait des lettres, des mots, mais n’arrivait pas à construire des phrases, et, encore moins des histoires.

    Jaloux, il décida alors d’arrêter de travailler pour cette ingrate, et fit en sorte que sa mine se cassa  chaque fois que la main de l’écrivain se servit de lui. Pourquoi, lui, petit crayon, si serviable, ne pouvait-il pas partager la gloire de cet auteur, alors qu’il participait à chacun de ses récits ? 

    Il sentit, avec un certain plaisir, l’énervement des doigts qui le serraient  chaque fois que sa mine cédait. Mais sa joie fut de courte durée : il atterrit dans la poubelle, sans autre forme de procès. De loin il vit la main se saisir d’un de ses semblables, et, se remettre au travaille, sans plus attendre. 

    Déçu, il se mit à pleurer devant tant d’indifférence, quand, derrière lui, une petite voix attira son attention. Il réalisa, alors, qu’il n’était pas seul dans cette poubelle. Une feuille de papier froissé le regardait tendrement, et, lui demandait :“— Hé! Bien! Pourquoi pleures-tu ? ”  

    Sans attendre de réponse elle enchaîna :

    “ — C’est notre destin de finir ainsi. Mais ce n’est pas la fin du monde. Moi-même, je suis du papier recyclé, j’ai connu tant de belles histoires, je connais tant de choses sur le monde! Toutes mes amies les pages te le diront, ta vie n’est pas finie. ”

     Le petit crayon se mit à sangloter : 

    “ — Je m’en fiche, je veux devenir écrivain! Moi aussi, je connais les histoires! Je veux les écrire, je veux la gloire, je veux qu’on dise : 

    — C’est lui le petit crayon! C’est lui qui, par ses mots, nous apporte  du rêve et de la poésie. ”

     Et la page de répondre : 

    “ — Mais regarde, regarde-moi, les mots que tu vois là, c’est toi qui les as écrits cette nuit, et la nuit dernière : arbre, château, rivière, pont, cheval…Il faut plus que des mots pour savoir écrire. Les lettres deviennent des mots, les mots deviennent des phrases, les phrases des récits. Mais pour cela le talent est nécessaire, c’est lui qui leur donne une âme. As-tu du talent ?

     — Heu! …! Non. Je ne crois pas, reconnut le crayon. ”Devant cette triste révélation ses larmes se mirent à couler de plus belle.“ — Mais tu as d’autres qualités, renchérit la page, tu sers ce talent, avec nous les pages, tu es l’une des plus belles inventions de l’humanité. Les hommes le savent bien, mais ils ne vont pas le rabâcher sans cesse, dans chaque ouvrage. ”

    Les pleurs cessèrent, le petit crayon comprenait, il voulait se racheter, mais il était trop tard.Une main saisit la poubelle et l’emporta pour la vider dans une plus grande encore, celle qui se trouvait devant la maison, dans la rue…“ Ha! Non! Se dit le crayon. C’est trop tôt, j’ai du travail!”Et, d’un soubresaut désespéré, il s’échappa de sa prison pour retomber sur le trottoir.

    Là, il resta longtemps, seul ou presque: des tas de chaussures le piétinaient, le bousculaient, le maltraitaient, tant et si bien qu’il finit par rouler dans le caniveau.

    “ Quelle fin tragique! Ah! Qu’il était bon le temps où cette main chaude l’utilisait! ”…

    …Soudain il réalisa qu’il était de nouveau dans une main, froide peut-être, mais une main! C’était bien des doigts qui le manipulaient, et, l’amenaient tout près de deux yeux tristes et vides.

    Il aurait bien voulu redonner du courage à ces deux yeux là, mais que pouvait-il faire, lui, petit crayon? Il avait cessé de pleurer sur son sort et aspirait à redonner du bonheur par le bout de sa mine. Le regard de l’homme le fixait intensément, quand, du fond de ces prunelles sombres, il crut voir jaillir une étincelle. Mais oui! Les yeux s’illuminaient! 

    Et, bientôt, il se retrouva à recouvrir du bout de sa mine des pages froissées et sales.Il écrivit longtemps, longtemps, des contes, des nouvelles, des récits. Toute la richesse d’une vie d’orphelin, devenu clochard, abandonné de tous; et, qui décida, un jour, grâce à un petit crayon trouvé dans la rue, de se battre en apportant du bonheur à tous les enfants du monde par de belles histoires.

    Tous ces ouvrages furent édités, le regard triste se remplit de bonheur, la main serra fort le petit crayon, et, avec lui, traça ces mots de dédicace sur la première page de l’histoire de sa vie :

    Petit porte-mine

     Grâce à ta bonne mine

    Tu m’as sauvé la vie!

    Nous avons réussi!

    L’inspiration tu m’as donnée,

    Ma reconnaissance tu as gagnée!

    Mon pseudonyme sera

     Mr. Porte-mine!

    Le petit crayon, très fier, ne pleura plus jamais. Son plus grand rêve s’était réalisé, il était devenu écrivain.


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  • Dépose ta joue au creux de mes mains, et écoute l’histoire du petit grain de sable.

    Il vivait dans le désert, parmi la multitude de ses semblables. Il n’avait rien d’autre à faire qu’à s’oublier sous le ciel étoilé.

    Mais un beau jour, le vent qui passait par là, le prit et l’emporta dans un tourbillon, vers des horizons qu’il n’aurait jamais imaginé. Et d’un coup, le voyage s’arrêta, et, dans le noir il se retrouva.

    Où était le vent ? Pourquoi l’avait-il laissé là, et, d’ailleurs, où était-il ?

    Il avait atterri dans une machine, une énorme machine qui broyait, fondait, liquéfiait, transformait….les grains de sable….pour en faire des objets sans vie, d’une transparence effrayante, et sans aucune magie.

    C’était donc là qu’il allait finir ?

    Le vent était un traître, lui qu’il croyait son ami, pour l’avoir si longtemps bercé dans les dunes.

    Là, sous ses yeux, se déroulait une tragédie. Il découvrait le sors de ses amis les grains de sable, et, il pleurait…… pleurait à s’en fendre l’âme.

    Désespéré, il s’abandonna à son triste destin. Que pouvait-il faire, lui, si petit, si impuissant ? Lui semblait-il.

    Soudain, un petit courant d’air le souleva, et le déposa au cœur de la machine. Il y faisait plus noir encore, et il ne voyait plus ses amis :

    « - Mais ce n’est pas possible, que vais-je devenir ? »

    Bien content quand même d’avoir un sursis ! Un sursis ! Ah ! Non ! A quoi bon ? Enfin c’est toujours mieux que de finir broyé, liquéfié….

    Cessant de se lamenter un instant, il prêta l’oreille………

    Les bruits saccadés des pistons et le grondement des fourneaux avaient cessés.

    Il régnait dans l’usine une agitation sans précédent, mais plus de vacarme mécanique, la machine avait cessé de fonctionner.

    D’où venait ce répit ? Se demandait le grain de sable.

    Et puis soudain la lumière se glissa près de lui, et il entendit :

    « -Regardez ! C’est un grain de sable ! Il a bousillé la machine ! Quel est le P…d’E… qui n’a pas fait son boulot !!!! »

    Et là, il comprit que le vent ne l’avaient pas abandonné, il avait juste mis du temps à pouvoir pénétrer les remparts qui l’emprisonnaient.

    Un coup de pinceau, un courant d’air, et il se retrouva de nouveau voyageant vers d’autres horizons, en sachant dorénavant, que ses semblables étaient partout, pas uniquement dans le désert.

    Et, surtout, qu’il n’était pas si impuissant que ça. Lui, si petit, grâce à son ami le vent, il avait terrassé l’énorme machine.


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